La culture visuelle d’une ville dépasse ses bâtiments. Rues, arbres, signalétique, infrastructures et lieux de rencontre façonnent ce que l’on voit et la manière de vivre ensemble. Dans ce seizième essai de ma recherche de 2024, j’examine comment l’IA pourrait éclairer ces choix sans confondre la ville avec son modèle.
Des outils aident à comparer des scénarios, organiser les données spatiales et repérer des tendances dans les déplacements ou la demande. Toute carte ou simulation ne relève pas de l’IA. Les résultats dépendent des données, hypothèses et objectifs retenus. Une visualisation soignée doit rendre ces limites visibles, pas présenter une proposition comme un avenir inévitable.
Des explications visuelles, la traduction et la comparaison des options pourraient faciliter la participation. Mais disposer d’un outil ne donne pas de pouvoir sur une décision. La concertation doit inclure les personnes sans accès numérique et expliquer comment leurs contributions modifient le projet. Une communauté n’a pas une préférence unique qu’un algorithme découvrirait.
Les prévisions d’usage et d’entretien peuvent aider à planifier les infrastructures. Ce sont des estimations, pas des garanties de résilience ou de durabilité. Ingénieurs, urbanistes et autorités doivent encore évaluer les coûts et choisir les priorités. Améliorer la vitesse de circulation peut dégrader une rue pour la marche ou les rencontres.
L’espace public peut tenir compte des pratiques locales, du climat et de la culture. Un éclairage piloté ou une irrigation automatique peuvent être utiles, sans nécessairement utiliser l’IA. Multiplier les capteurs ne rend pas un lieu plus accueillant. Observation, dialogue et protection des données doivent guider ce que l’on mesure et pourquoi.
L’infrastructure verte exige davantage qu’une image verdoyante. Ombre, eau, sol, biodiversité et entretien durable doivent fonctionner ensemble. L’analyse peut comparer des options ; l’expertise écologique et locale en vérifie la pertinence. Les gains environnementaux se mesurent dans le temps, plutôt qu’ils ne se déduisent de l’apparence.
Le risque culturel est une ville composée des mêmes images largement diffusées : places, façades et mobilier « intelligent » répétés partout. L’identité locale tient aux usages, à la mémoire et aux possibilités d’évolution. Tout investissement pose aussi la question des bénéficiaires et des habitants qui ne pourront plus payer pour rester dans le quartier amélioré.
Je vois l’IA comme une aide au jugement collectif, pas son remplacement. Une bonne ville n’est pas le diagramme le mieux optimisé. C’est un lieu dont les choix peuvent être compris, discutés et façonnés par ses habitants, et dont la richesse visuelle naît des vies qu’il rend possibles.


IA et culture visuelle : 17. L’intérieur au-delà de l’image parfaite ↗

