Et si une œuvre installée sur une place évoluait avec la vie qui l’entoure ? Dans ce volet de ma recherche de 2024 sur l’IA et la culture visuelle, j’explore un art public attentif au lieu et à ses visiteurs. L’art interactif existait avant l’IA ; la nouveauté possible réside dans l’élargissement des interprétations et des réponses, plutôt que dans l’invention de la participation.

Une installation pourrait composer avec la lumière, la météo ou les mouvements pour faire évoluer une composition visuelle. L’IA pourrait traduire ces variations en images, en sons ou en comportements moins répétitifs qu’une séquence fixe. Il reviendrait à l’artiste de donner du sens au lien entre ce que l’œuvre capte et la façon dont elle répond, pour que le changement lui appartienne pleinement au lieu d’être un effet ajouté.

IA et culture visuelle : 30. Art public interactif

Les visiteurs pourraient participer par des gestes, des déplacements ou des choix volontaires. Une action collective pourrait produire ce qu’aucune personne ne créerait seule et transformer un lieu familier en occasion de rencontre. Participer n’exige pas d’être identifié. Une humeur supposée ne devrait pas non plus être considérée comme une connaissance fiable de la vie intérieure : une installation peut inviter à s’exprimer plutôt que prétendre lire les émotions.

La ville elle-même pourrait fournir la matière de l’œuvre. Qualité de l’air, rythmes des transports ou changements saisonniers pourraient devenir perceptibles dans un espace partagé. Un processus abstrait serait alors plus facile à remarquer et à discuter. Il s’agirait d’une interprétation artistique des données, et non d’un portrait neutre de la ville : les sources, leurs lacunes et les choix de représentation compteraient.

IA et culture visuelle : 30. Art public interactif

Au fil du temps, une œuvre pourrait proposer plusieurs modes de rencontre, d’une expérience visuelle calme à un dialogue plus personnel. Le visiteur pourrait choisir une langue ou un thème sans constituer un profil permanent. Cette possibilité m’intéresse davantage qu’une œuvre qui suit chacun à son insu. La personnalisation pourrait rester une invitation, dans une expérience publique commune.

Si des caméras ou des données personnelles intervenaient, une information claire, un choix réel et une collecte limitée feraient partie de la conception. Chacun devrait pouvoir traverser l’espace public sans être contraint de participer. L’accessibilité orienterait aussi le projet : son, lumière, mouvement et interfaces numériques devraient offrir des alternatives plutôt que créer de nouveaux obstacles.

IA et culture visuelle : 30. Art public interactif

Une installation évolutive demanderait de l’attention bien après son inauguration. Entretien, consommation énergétique, modération et fonctionnement de secours fiable détermineraient sa place dans la durée. Artistes, spécialistes techniques et responsables du lieu devraient préparer ensemble sa vie future. Une œuvre qui peut changer exige aussi de préciser qui a le droit de la modifier, et pourquoi.

L’avenir que j’imagine ne se résume pas à une ville remplie d’écrans réactifs. Il s’agit d’un art public capable d’accueillir une conversation continue entre un lieu, ses habitants et une culture visuelle partagée. L’IA pourrait en élargir le vocabulaire. La valeur artistique viendrait de ce que cette rencontre nous permet de remarquer, d’exprimer ou de vivre ensemble.